Eraste AKANDE• 8 avril 2026• Éthique et vie chrétienneMatthieu 5.9
« Heureux ceux qui procurent la paix... »
Dans un monde fracturé, cette parole de Jésus sonne comme un idéal inaccessible. Les guerres ne s'arrêtent pas. Les familles se déchirent. Les églises se divisent. Les relations s'effritent. Et au fond de chaque cœur humain, une tension sourde qui ne trouve pas de repos.
Pourtant, Jésus proclame bienheureux ceux qui procurent la paix. Pas ceux qui la subissent. Pas ceux qui l'espèrent passivement. Ceux qui la font. Qui la portent activement dans les lieux fracturés.
« Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu ! » (Mt 5.9).
Mais avant de comprendre comment procurer la paix, il faut répondre à une question fondamentale : d'où vient cette paix ? Car on ne donne pas ce qu'on n'a pas.
Le mot grec traduit ici par « paix » est eirēnē — qui correspond à l'hébreu shalom. Dans la pensée biblique, le shalom ne désigne pas simplement l'absence de conflit. C'est un état de plénitude, d'intégrité, de complétude. Tout ce qui est à sa juste place.
Et voici ce que la Bible dit de notre condition naturelle : nous ne sommes pas en paix avec Dieu. « Nous étions ennemis de Dieu » (Ro 5.10). Ennemis. Pas simplement distants. Ennemis. C'est le conflit originel. Celui dont tous les autres découlent.
Celui qui n'a pas été réconcilié avec Dieu ne peut pas véritablement réconcilier les hommes entre eux. Il peut gérer les conflits, négocier des trêves. Mais la vraie paix — celle qui transforme les cœurs — ne vient que de Dieu.
Et voici la bonne nouvelle : cette réconciliation est possible. « Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ » (Ro 5.1). Sur la croix, Jésus a absorbé tout le conflit entre Dieu et l'homme. Il a payé ce que nous devions. Il a rétabli ce que nous avions brisé. « Car il est lui-même notre paix » (Ep 2.14). Pas seulement le médiateur de la paix. Il est la paix.
As-tu cette paix avec Dieu ? Non pas la tranquillité superficielle d'une vie confortable. Mais cette paix profonde qui vient de savoir que tu es réconcilié avec ton Créateur. Que tu es passé d'ennemi à enfant.
Car c'est de là que tout part.
Il faut le dire clairement : le faiseur de paix n'est pas le fuyeur de conflit.
Nous confondons souvent les deux. Nous pensons que procurer la paix, c'est éviter les sujets qui fâchent, sourire quand ça fait mal, fermer les yeux sur le péché pour ne pas créer de vagues. Ce n'est pas la paix. C'est de la lâcheté habillée en sagesse.
Le faiseur de paix, lui, ose entrer dans des situations difficiles. Il va vers le frère offensé. Il dit la vérité avec amour quand tout le monde se tait. Il cherche la réconciliation même quand elle lui coûte personnellement. Paul l'écrit sans ambiguïté : « Si possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes » (Ro 12.18). Autant que cela dépend de vous. Une démarche active, volontaire, parfois douloureuse.
Jésus lui-même en donne l'instruction concrète : « Si donc tu présentes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère » (Mt 5.23,24). Laisse d’abord l'autel. La réconciliation avant le culte.
Ô toi qui me lis, y a-t-il quelqu'un avec qui tu n'es pas en paix aujourd'hui ? Un frère que tu évites. Un membre de ta famille à qui tu n'as pas parlé depuis des mois. Un compagnon d'église contre qui tu nourris de l'amertume en silence.
Jésus dit : va. Maintenant. Avant même de lever les mains en adoration.
Le faiseur de paix n'attend pas que l'autre fasse le premier pas. Il le fait lui-même. Car il sait ce que cela lui a coûté d'être réconcilié avec Dieu — et il ne peut pas retenir cette grâce pour lui seul. Celui qui a reçu une miséricorde infinie ne peut pas s'accrocher à ses griefs comme à des trésors.
« ...car ils seront appelés fils de Dieu. »
Cette promesse est double : ressemblance et appartenance.
D'abord, la ressemblance. Être appelé fils de Dieu, c'est lui ressembler. Et Dieu, par nature, est un Dieu de paix. Quand tu procures la paix, tu agis comme ton Père. Tu portes ses traits dans un monde fracturé. Jésus l'enseigne clairement : « Aimez vos ennemis... afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux » (Mt 5.44,45). La ressemblance au Père se voit dans la manière dont on traite ceux qui nous blessent.
Ensuite, l'appartenance. Être appelé fils de Dieu, c'est appartenir à sa famille, jouir de cette proximité intime avec le Père. Jean s'en émerveille : « Voyez quel amour le Père nous a témoigné, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu ! » (1 Jn 3.1). Cette appartenance n'est pas une récompense gagnée par tes efforts. C'est une identité reçue par la grâce — et qui se manifeste naturellement dans ta vie.
Le faiseur de paix ne cherche pas à être reconnu par les hommes. Il porte simplement le nom de son Père. Et ce nom vaut plus que toutes les récompenses que ce monde peut offrir.
Alors, cher lecteur, es-tu un faiseur de paix ?
Pas un fuyeur de conflit. Pas un gardien du silence confortable. Un faiseur de paix — quelqu'un qui entre activement dans les situations fracturées pour rapprocher ce qui est séparé.
Commence par là où tout commence : la paix avec Dieu. Si cette paix n'est pas établie en toi, rien de ce que tu construiras ne tiendra. Viens à la croix. Reçois la réconciliation que Jésus a accomplie. Laisse-le être ta paix.
Et de cette paix reçue, va. Va vers ce frère que tu évites. Va vers ce foyer déchiré. Va vers cette relation brisée. Pas avec tes propres forces — mais avec la grâce de Celui qui, alors que tu étais encore son ennemi, a fait les premiers pas vers toi.
Car celui qui a été réconcilié avec Dieu ne peut pas rester indifférent aux conflits qui l'entourent. La paix reçue devient une paix partagée. Et dans ce partage, tu portes le nom le plus beau qui soit.
Fils de Dieu.
« Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu ! »
Amen.