Eraste AKANDE• 14 janvier 2026• Éthique et vie chrétienne« Heureux ceux qui ont faim et soif... » Vraiment ?
Dans notre vocabulaire, la faim et la soif évoquent le manque, la privation, le besoin criant. Pourtant, Jésus proclame bienheureux ceux qui vivent dans ce manque. Mais attention – il ne parle pas de n'importe quelle faim. Il parle d'une faim et d'une soif pour la justice.
« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés ! » (Mt 5.6).
Arrête-toi un instant, cher lecteur. Qu'est-ce qui brûle réellement dans ton cœur ? Cette question est cruciale, car elle révèle qui tu es vraiment.
Jésus dit que les bienheureux sont ceux dont le cœur brûle pour la justice. Pas pour l'argent. Pas pour la reconnaissance. Pour la justice.
Les mots « faim » et « soif » ne sont pas choisis au hasard. Ils évoquent un besoin vital, urgent, irrépressible. Celui qui a vraiment faim ne peut penser à rien d'autre. Celui qui a vraiment soif est prêt à tout pour trouver de l'eau.
Voilà l'intensité du désir dont Jésus parle. Ce n'est pas une préférence polie. C'est une passion dévorante, un feu qui consume.
Le psalmiste David connaissait cette faim : « Comme une biche soupire après des courants d'eau, ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu ! Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant » (Ps 42.2,3). Cette soif le poursuivait jour et nuit. Elle le tenait éveillé. Elle dirigeait toute sa vie.
Mais aujourd'hui, ô lecteur, permets-moi de te poser cette question qui dérange : as-tu encore cette faim ? Ou t'es-tu habitué à une vie chrétienne fade, routinière, sans passion ? As-tu perdu cette soif brûlante qui caractérisait tes premiers jours avec Christ ?
Jésus ne parle pas de n'importe quelle justice. Il ne parle pas de cette justice fabriquée par l'homme, de cette religiosité pharisaïque qui impressionne mais ne sauve pas.
Il parle d'abord de la justice de Dieu, cette justice qu'Il nous donne gratuitement par la foi. L'apôtre Paul l'a compris : « être trouvé en lui, non avec ma justice, celle qui vient de la loi, mais avec celle qui s'obtient par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu par la foi » (Ph 3.9).
Le pauvre en esprit a réalisé qu'il n'a aucune justice propre. Alors il a faim, une faim dévorante de recevoir celle de Dieu. Il sait que sans elle, il est perdu. Condamné. Séparé de Dieu pour l'éternité. Cette conscience crée en lui une soif irrépressible d'être déclaré juste devant Dieu.
Mais cette faim ne s'arrête pas là. Celui qui a goûté à la justice de Dieu ne peut plus se satisfaire de vivre dans le péché. Il a maintenant soif de vivre justement, de marcher dans la sainteté, de ressembler à Christ. Sa prière quotidienne devient : « Que ta volonté soit faite, que ton règne vienne. »
Cette faim le pousse à fuir le péché comme on fuit le feu. Elle le réveille le matin avec ce désir brûlant de connaître Dieu davantage. Elle le fait pleurer devant ses propres chutes. Elle refuse de s'accommoder de la tiédeur spirituelle.
Jésus prononce aussi un « malheur » dans Luc 6.25 : « Malheur à vous qui êtes rassasiés, car vous aurez faim ! » Quel avertissement terrible ! Il existe des gens spirituellement « rassasiés » – satisfaits d'eux-mêmes, contents de leur état spirituel, qui ne sentent plus aucun besoin de Dieu.
C'est l'Église de Laodicée : « Tu dis : Je suis riche, je me suis enrichi, et je n'ai besoin de rien, et tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu » (Ap 3.17). La satisfaction spirituelle est mortelle.
Ô toi qui me lis, examine ton cœur. As-tu perdu cette faim qui te poussait autrefois à dévorer la Parole de Dieu ? Te contentes-tu d'une vie chrétienne superficielle ?
Le monde court après des choses qui ne rassasient jamais. Salomon a tout essayé, les richesses, les plaisirs, les projets grandioses et il a conclu : « Vanité des vanités, tout est vanité » (Ec 1.2). Des millions de personnes aujourd'hui atteignent leurs objectifs professionnels, accumulent les biens matériels, et découvrent avec horreur que leur âme reste vide. Désespérément vide.
Mais le chrétien authentique a faim et soif d'autre chose. De quelque chose qui dure. De quelque chose qui satisfait réellement. De la justice.
« ... car ils seront rassasiés ! »
Voici la magnifique promesse. Cette faim ne restera pas insatisfaite. Cette soif sera étanchée.
Premièrement, le rassasiement de la justification. Celui qui a faim de la justice de Dieu la reçoit par la foi. « Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ » (Ro 5.1). Tu la cherches avec passion ? Tu la trouveras. Dieu ne refuse jamais celui qui vient à Lui avec une faim sincère.
Deuxièmement, le rassasiement progressif de la sanctification. Cette faim de sainteté sera satisfaite jour après jour. « Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image » (2 Co 3.18). Plus tu as faim de Lui, plus Il te transforme.
Troisièmement, le rassasiement éternel de la glorification. Un jour, ô jour glorieux !, nous serons parfaitement rassasiés. « Ils n'auront plus faim, ils n'auront plus soif » (Ap 7.16). Dans l'éternité, cette faim trouvera enfin son repos complet.
Alors, qu'est-ce qui brûle dans ton cœur aujourd'hui ?
Le Seigneur nous appelle à être passionnés, à poursuivre ardemment quelque chose. Mais pas les gloires éphémères de ce monde. La justice.
Si cette faim a diminué en toi, crie à Dieu pour qu'Il la rallume. Demande-Lui de raviver cette passion consumante pour Sa justice, pour Sa sainteté, pour Sa présence.
Et si aujourd'hui tu as faim et soif de justice, si ton âme brûle pour Dieu, si tu refuses de te satisfaire de la médiocrité spirituelle, alors écoute bien cette parole de Jésus :
Tu es bienheureux.
Car tu seras rassasié. Dès maintenant, en partie. Et un jour, pleinement.
« Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés ! »
Amen.